Le monde est un théâtre


 

    

Dans une mise en scène de Patrice Marie : Samedi, dimanche et lundi, représentations en janvier 2021 

 

 

 

 

 

Samedi, Dimanche et Lundi  

 

Une pièce d’Eduardo de Filippo

Adaptation : Huguette Hatem

Mise en scène : Patrice Marie

Assistante à la mise en scène : Francine Loiseau

 

 

 

 

Durée : 1 h 30

Nombre de comédiens : 11

Dispositif scénique simple : une grande table pouvant assoir dix personnes.

 Contact : patrice.marie28@gmail.com - 0678853045

 

Note d’intention

 

Mon intérêt pour le théâtre moderne italien date de ma mise en scène de « Mariage à l’Italienne » à la Manufacture des Abbesses, en 2015, et de ma collaboration avec Huguette Hatem, grande spécialiste et traductrice de ce théâtre. C’est ainsi que j’ai monté, en 2019, « Six Personnages de quête d’auteur » la célèbre pièce de Pirandello, au théâtre Darius Milhaud.

 

Huguette Hatem était une amie personnelle d’Eduardo di Filippo, le grand dramaturge italien, récemment entré au répertoire de la Comédie Française mais encore trop méconnu en France. C’est elle qui m’a conseillé de monter « Samedi, Dimanche et Lundi », une comédie typiquement napolitaine, pleine de rires, de cris et d’émotion. Cette pièce est très connue en Italie – mais pas en France : c’est donc l’occasion de contribuer à la faire connaître.

 

Ce qui m’intéresse dans le théâtre d’Eduardo di Filippo, c’est qu’il s’agit de théâtre populaire dans le meilleur sens du mot. Il n’y a pas de théâtre sans public : avec Di Filippo, les spectateurs se trouvent entrainés dans un monde de sentiments qui est aussi le leur, car il est universel. Parallèlement, nous sommes en 1960, à Naples : il est essentiel de jouer la pièce avec l’esprit du lieu et de la période, et c’est une vraie contrainte pour les comédiens. Tel est le défi de « Samedi, Dimanche et Lundi », et l’axe du travail que nous menons avec une troupe aguerrie, dont la plupart des comédiens suivent la compagnie « Le Monde est un Théâtre » depuis plusieurs années.

 

 

 

 

Résumé

 Comme chaque samedi Rosa, en bonne Napolitaine, prépare le « ragu », cette pièce de viande à la sauce tomate et aux macaronis qui sera servie pour le repas du dimanche. Toute la famille est invitée, et aussi les voisins. Mais, ce jour-là, Peppino, le mari de Rosa, un riche commerçant, broie du noir : il croit que sa femme le trompe avec le comptable qui habite juste en dessus. La crise va éclater au cours du repas dominical… et la réconciliation viendra le lundi.

 

Personnages hauts en couleurs, sous-intrigues multiples : toute la veine, mais aussi toute l’émotion d’Eduardo di Filippo dans cette pièce qui est l’une des plus connues et des plus populaires – adaptée au cinéma avec Sophia Loren.

 

 

 

Extrait (c’est le début de la pièce : la confection du « ragu » dominical) :

 

Rosa : Tu as fini ?

Virginia (pleurnichant) : Il faut encore que je coupe ces deux-là.

Rosa : Eh, coupe, coupe… dépêche-toi.

Virginia : Madame, moi je crois que tout cet oignon, ça suffit.

Rosa : Tu veux peut-être m’apprendre comment on fait une sauce tomate ? Plus tu mets d’oignons, et plus ton coulis est parfumé et concentré. Faire revenir l’oignon tout doucement, voilà le secret. Quand il revient tout doucement, l’oignon réduit et forme autour de la viande une espèce de croûte noire ; au fur et à mesure que tu verses dessus ton vin blanc, juste ce qu’il faut, ta croûte se détache et tu obtiens alors une substance dorée et caramélisée qui s’incorpore à ton coulis de tomate ; et tu as alors une sauce épaisse et onctueuse qui prend une belle couleur palissandre quand elle est parfaitement réussie.

Virginia : Mais c’est trop long. Chez moi, on fait revenir un peu d’oignon, puis on met un peu de tomate et un peu de viande et tout cuit en même temps.

Rosa : … Et ça donne de la viande bouillie avec de la tomate et de l’oignon. Ma pauvre mère, que Dieu ait son âme, disait que pour faire une bonne sauce, il fallait la patience de Job. Le samedi soir, elle se mettait en cuisine, une cuiller de bois à la main, et pour rien au monde elle n’aurait lâché sa casserole, dût-elle se faire tuer sur place. Quand le jus avait bien « réduit », comme elle disait, elle retirait de la casserole son morceau de veau et elle le plaçait religieusement dans un faitout comme un nouveau-né dans son berceau, puis elle plaçait la cuiller en bois sur la casserole, de façon à ce que le couvercle reste un peu soulevé et elle n’allait se coucher qu’après que le jus ait bien « mijoté » quatre ou cinq heures. Mais la sauce de Madame Piscopo, c’est qu’elle était fameuse.

 

Virginia (complaisamment) : Bien sûr, quand ça vous tient à cœur !

Rosa : Et papa, hein, en rentrant, s’il n’avait pas trouvé sa sauce pour ainsi dire confessée et baptisée, il aurait fait un malheur.

 

 

Huguette Hatem

Traductrice

Grande traductrice vers le français et grande spécialiste française du théâtre italien, Huguette Hatem développe une amitié profonde avec Eduardo De Filippo, le grand acteur, dramaturge et poète napolitain. Outre sa connaissance parfaite de la langue italienne et du dialecte napolitain, c’est cette proximité qui lui permet de traduire excellemment les pièces de cet auteur vénéré en Italie à l’égal de Charlie Chaplin. Elle traduit quinze de ses pièces : « Tout le monde peut sans effort apprécier le théâtre d’Eduardo, qui s’adresse à tous aussi bien aux gens simples qu’aux intellectuels. Il a observé jusque dans la rue ses compatriotes napolitains. Il divertit en même temps qu’il donne à réfléchir ».

Passionnée de théâtre et passionnée d’Italie, Huguette Hatem est également auteur, metteur en scène, comédienne (souvent sous le nom d’Huguette Cléry). Agrégée, Huguette Hatem a enseigné, notamment à Paris VIII, et a traduit et fait représenter de nombreuses pièces italiennes : Goldoni, Pirandello, Ugo Betti, Ettore Scola, Franco Cuomo, Manlio Santanelli. Elle a reçu, en 1980, le prix de l’adaptation italienne décerné par les sociétés d’auteurs italiens et la SACD.